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Témoignages

Daniel Jouanneau, Ambassadeur de France au Liban

Dans une lettre datée du 13 décembre 1999

« arcenciel est plus qu’un instrument de gestion du handicap. C’est une grande équipe, qui a su redonner au handicapé sa dignité dans le travail et sa place dans la vie de groupe.
Votre association n’a pas seulement aidé de nombreux jeunes à surmonter une infirmité, souvent perçue comme un obstacle majeur à leur insertion dans la vie professionnelle. Elle a su faire du handicap une vraie force de créativité au service de la collectivité. Elle contribue à créer un remarquable élan de solidarité, au centre duquel l’initiative personnelle et celle de l’Etat (système Accès & Droits) se combinent judicieusement. » 

Mme X, libanaise

« Il y a quelques mois nous fûmes confrontés mon mari et moi à une situation difficile : sa mère se mourrait d’un cancer. Désemparés et désarmés face à cette situation totalement nouvelle, nous nous étions adressés à arcenciel sur les conseils de quelques amis pour obtenir ces aides techniques susceptibles de nous seconder dans son accompagnement et d’atténuer les souffrances de ses derniers jours. Si nous y avons effectivement trouvé comme convenu, cette chaise roulante, ce matelas à eau, ce lit spécial… qui nous étaient indispensables, l’aide dont nous avons bénéficié, dépassait largement ce premier niveau d’assistance matérielle.

Ne pouvant nous permettre d’acquérir un matériel neuf, nous nous étions adressés au service clientèle d’aec pour la location de ces aides techniques ce qui nous plaçait de facto dans une situation de demandeur. Or, à aucun moment de cette collaboration qui était destinée à durer quelques semaines, nous avons eu l’impression de quémander. C’est tout, c’est énorme et c’est beaucoup. Bien au contraire, dés la première prise de contact, notre difficulté nous a semblé plus légère. La capacité d’écoute des personnes qui nous ont accueillies, leur infinie patience alors qu’elles sont assaillies par les demandes, nous ont surpris tout en mettant un bémol à notre désarroi. Là où on s’attendrait à trouver des gens désabusés, endurcis par toute la misère et la détresse, qui défilent sous leurs yeux, nous avons trouvé des gens sensibles, qui nous ont guidés, et qui au-delà des conseils pratiques susceptibles d’alléger la douleur de celui qui s’en allait, offraient une assistance humaine susceptible d’alléger la peine de ceux qui restaient. Les conseils de ces personnes chez qui la douleur est inscrite dans la chair puisqu’elles étaient majoritairement handicapées, ont été si précieux que nous avions le sentiment étrange et rassurant d’être avec des proches sur qui nous pouvions réellement compter plutôt qu’avec d’anonymes préposés aux services. Notre malade était auréolé de tant d’estime que sa situation d’être dépendant, source de souffrance, pour ne pas dire -très honnêtement- de désagrément pour nous, n’ôtait rien à son humanité laquelle se trouvait au contraire, justement rehaussée par cette dépendance. 

Il y a aussi autre chose cette sorte d’égalité de chance ou plutôt devrait-on dire de malchance, que l’on trouve à aec et qui dépare dans le paysage ordinaire du Liban, pays par excellence du clientélisme et des paramètres d’identification réducteurs. Dans l’attente de notre tour, nous avons eut tout le loisir de voir les gens défiler ; citadins issus de milieux nantis, villageois démunis, travailleurs immigrés… Face à cette infinie diversité, échantillon et microcosme de la réalité sociale et religieuse libanaise, nous avons été agréablement surpris de constater que le payement ou l’obtention gratuite d’un service n’influe à aucun moment sur la qualité de ce service. Quel que soit le rang social, la confession et l’identité de la personne qui se présente, elle est traitée de la même manière, avec un respect identique. L’accueillant est égal à lui-même, son comportement est immuable face à ses interlocuteurs. Quand au professionnalisme dont faisait preuve les personnes en charge, il était si évident, que nous avions l’impression d’avoir été largué dans un ailleurs et certainement pas au Liban. Les réponses évasives et les fausses promesses habituelles nous ont semblés bien lointaines, le demain « boukra » local étant abandonné au bénéfice de promesses tenues, les réponses arrivaient aux jours dits, les deux jours étaient bien deux jours, les affirmations des certitudes. En bref, le discours tenu loin d’être un magma de phrases vides de contenu, était l’expression d’un engagement respecté. 
Quand on voit les autres reçus avec autant d’égards et qu’on a été personnellement reçu de cette manière, on a -tout d’un coup- envie de s’investir, d’aider, de contribuer aux efforts de cette association, de se porter volontaire et certainement de payer un service que l’on était venu obtenir gratuitement.

Un dernier mot sur ces quelques jeunes gens responsables de l’acheminement et de la récupération –gratuites- du matériel. En dépit de leur programme journalier surchargé, ils ont sû avoir cette parole aimable, cette délicatesse du verbe, prenant le temps et la peine, lorsque le décès est advenu, de dire quelques mots, d’offrir leurs condoléances, en bref de faire montre de cette « solidarité compassionnelle » qui dans ces moments graves et douloureux, est sans prix.

Alors pour finir, je souhaiterais dire merci à Elie, Ibrahim, Michel, Ali et tous les autres dont nous ne connaissons pas les noms, mais qui oeuvrent pour nous offrir des services de cette qualité. C’est grâce à eux, que nous nous sommes sentis un peu moins seuls dans les moments d’épreuve et de séparation les plus bouleversants qu’il est donné à chacun d’entre nous de vivre. »

Mme X, française mariée à un libanais a eu besoin de fauteuil roulant pour sa mère, malade

« Après avoir sollicité l’aide d’arcenciel, je peux affirmer avec certitude que, même en Europe, je n’aurais pas bénéficié d’un tel service. J’ai surtout été impressionnée par l’amabilité de l’accueil, et particulièrement par le fait qu’on ne m’a pas réclamé d’argent au préalable, mais qu’on m’a simplement demandé que je veille au retour du fauteuil lorsque je n’en aurais plus besoin. »

Mme X, cherchait à aider une personne démunie de son quartier qui n’avait aucun moyen de subsistance et un fils au chômage. Elle s’est adressé à arcenciel pour tenter de placer le fils et d’obtenir une aide technique pour le père, infirme

« J’ai été totalement impressionnée et subjuguée. Particulièrement par le fait d’avoir été reçu sans qu’on me demande de décliner mon identité. Dans le pays par excellence des pistons, j’ai été reçu sans que l’on me demande ni mon nom, ni aucune autre information ! C’est extraordinaire, on n’a jamais vu cela au Liban ! Aucune exigence non plus au niveau du payement, les personnes responsables de l’accueil on fait montre d’un désintéressement total et ne cherchaient même pas à savoir si j’avais l’intention de payer la location de l’aide technique empruntée. Les responsables de l’accueil ont souhaité, et cela avait plus la forme d’un souhait que d’une exigence, que je leur rende l’objet emprunté dès que je n’en aurais plus besoin. De surcroît ils étaient charmants et patients ce qui était étonnant vu le nombre de sollicitations auxquelles ils devaient faire face. »

 

 
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